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1925 v.s. 2025 : Paris, Hier, Aujourd’hui

  • Viktoria Khemchyan
  • 4 déc. 2025
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 déc. 2025

Mardi 15 décembre 1925, 23h47. 33 rue Blomet, Montparnasse.

Le club de jazz est rempli. La fumée des cigarettes s’accumule sous les plafonds bas de la salle, tandis qu’un saxophone entonne un autre refrain. Dans un coin, un écrivain américain savoure son troisième cognac en gribouillant des notes sur une serviette. Deux tables plus loin, une jeune femme, vêtue d’une robe Charleston et d’un collier de perles, débat vivement du manifeste du surréalisme. Sur scène, le pianiste afro-américain, venu de La Nouvelle-Orléans, se laisse porter par le rythme déchaîné de la musique; une musique qui, arrivée à Paris à peine dix ans auparavant, remodèle déjà les nuits de la ville.


Bal nègre de la rue Blomet, Georges Carré, 1928.
Bal nègre de la rue Blomet, Georges Carré, 1928.

Dehors, l’air froid de décembre recouvre les trottoirs de verglas. Près de la Seine, la Tour Eiffel, encore controversée à presque 39 ans, est à peine visible à travers le brouillard. Malgré la fermeture de l’Exposition internationale des arts décoratifs il y a un mois, son influence persiste dans la façon dont Paris a adopté ce que l’on appelle « le moderne ».


Le Visage de Paris

En 1925, la ville de Paris et ses banlieues comptaient presque 5 millions d’habitants, vivant dans les boulevards que Georges-Eugène Haussmann avait fini de sculpter 55 ans auparavant. Le réseau de métro était encore jeune à tout juste 25 ans, et ses entrées au style Art Nouveau brillaient encore. La skyline se reconnaissait facilement grâce à Notre-Dame, au Sacré-Cœur et à cette tour métallique si controversée.

Un siècle plus tard, la métropole compte près de 7 millions d’habitants. Le périphérique encercle la ville telle des douves entre Paris et ses banlieues. Des tours s’ajoutent à la skyline: Montparnasse, la tour Duo et le quartier entier de La Défense; mais les fondations d’Haussmann sont toujours là. Les mêmes terrasses de café bordent les mêmes boulevards. Il reconnaîtrait toujours sa ville, même si le métro s’enfonce toujours plus profondément avec désormais 16 lignes de métro transportant près de 4 millions de passagers par jour.


L’Esprit Parisien

Paris, en 1925, se trouvait à son apogée. Ernest Hemingway et F. Scott Fitzgerald y réinventaient la littérature, tandis que Shakespeare and Company, la librairie de Sylvia Beach, en devenait le centre de la littérature anglophone de l’époque. Joséphine Baker scandalisait et fascinait le public au Théâtre des Champs-Élysées. Coco Chanel libérait les femmes du corset et était sur le point de créer la célèbre petite robe noire. Le mouvement surréaliste repensait le conventionnel. Paris n’accueillait pas seulement l’avant-garde : elle l’inventait, définissant ce que signifiait la modernité pour l’ensemble du monde occidental.


Stanislaus Julian Walery, Josephine Baker (1906- 1975), National Portrait Gallery, Smithsonian Institution, 1926
Stanislaus Julian Walery, Josephine Baker (1906- 1975), National Portrait Gallery, Smithsonian Institution, 1926

Aujourd’hui, Paris n’est plus la seule à donner le ton à la culture mondiale. New York, Londres et Berlin se disputent les artistes et les innovations. Pourtant, la ville conserve son attrait : le Louvre attire des millions de visiteurs, sa Fashion Week est la plus populaire, et les artistes continuent d’affluer, à la recherche de quelque chose d’indéfinissable. La différence est désormais plus subtile : la ville est hyper-consciente de sa propre légende. L’avant-garde est devenue patrimoine et ses clubs de jazz scandaleux sont aujourd’hui des destinations touristiques, leur folie apprivoisée dans la mémoire. 








Qui est Parisien ?

Tandis que les sujets coloniaux étaient maintenus à distance dans les confins de l’empire, le Paris de 1925 était majoritairement français et blanc. Les femmes n’avaient pas le droit de vote, et pourtant, les années 1920 étaient témoins d’une effervescence de la vie LGBT à Paris : la ville était devenue un centre européen majeur, où les boîtes de nuit queer prospéraient.

Le Paris de 2025 est profondément différent. Les vagues d’immigration ont rendu les banlieues profondément multiculturelles, même si l’intégration reste fragmentée. Les femmes votent, dirigent des entreprises et occupent des fonctions gouvernementales. Les marches des fiertés s’épanouissent dans les rues. Pourtant de nouvelles lignes de fractures sont apparues : les gilets jaunes ont révélé des ressentiments de classe latents, la gentrification pousse les résidents de longue date vers la périphérie, et la promesse d’égalité semble creuse pour beaucoup de ceux qui vivent en marge de la ville.


Toujours Paris

Porte d’Orsay de l’Exposition internationale des arts décoratifs de Paris, 1925. © Les Arts Décoratifs
Porte d’Orsay de l’Exposition internationale des arts décoratifs de Paris, 1925. © Les Arts Décoratifs

Malgré les nombreux changements auxquels cette ville a assisté et pris part au cours du dernier siècle, certaines choses perdurent. Les parisiens passent encore des heures à siroter leur café accompagné d’une cigarette en terrasse. La Seine coule toujours devant les stands de vieux livres. Les débats intellectuels ont toujours autant d’importance. La ville résiste encore au changement tout en l'acceptant secrètement. Elle continue d’affirmer qu’elle a inventé la civilisation tout en empruntant partout ailleurs avec brio.





Paris reste Paris : impossible, indispensable et éternelle dans sa conviction qu’aucun autre endroit ne lui arrive à la cheville.

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